Les plus vieilles images de l'humanité

Un motif en zigzag découvert sur un coquillage fossilisé en Indonésie vient de décrocher le titre de plus ancienne gravure jamais découverte à ce jour.

La gravure en question a été faite il y a au moins 430 000 ans, c’est-à-dire qu’elle serait l’œuvre d’un Homo Erectus, dont l’espèce est éteinte depuis longtemps. Jusqu’ici, la plus ancienne gravure datait de 130 000 ans à peine.

Aussi modeste que puisse paraître ce motif, il est de nature à remettre en cause toutes les théories qui ont tenté d’expliquer comment la culture humaine s’est épanouie. Stephen Munro, membre de l’Université Nationale Australienne et co-auteur d’un article dans la revue Nature sur ce coquillage, va même plus loin : la gravure pourrait « réécrire l’histoire de l’humanité. »

985pl« C’est la première fois que nous trouvons la preuve d’un tel comportement chez Homo Erectus. »

En fait, ce fossile est connu depuis plus d’un siècle : le chercheur Eugène Dubois avait découvert à Java en 1891 des centaines de coques de moules d’eau douce. Pendant des décennies, elles sont restées stockées dans des caisses dans la ville de Leyde aux Pays-Bas.

En mai 2007, Stephen Munro les avait photographiées dans le cadre de son doctorat. C’est là que les lignes gravées sont apparues sur les photos, quitte à en pousser le contraste comme sur le détail en médaillon. Ces lignes, difficilement visibles à l’œil nu sauf sous un éclairage particulier, ne peuvent en aucun cas être naturelles : elles ont été gravées de main d’homme.

Une équipe de chercheurs s’est alors attelée à prouver que les gravures étaient aussi vieilles que les coquilles elles-mêmes, ce qui a permis de déterminer à quelle époque elles avaient été faites.

Or ces coques ont été secrétées par leurs moules entre 430 000 et 540 000 ans avant aujourd’hui.

Pour Stephen Munro, les gravures dont elles sont ornées prouveraient que Homo Erectus était bien plus habile de ses mains et que ses capacités cognitives étaient plus évoluées qu’on le croyait.

On ne sait évidemment pas pourquoi ces lointains hominidés avaient gravé des zigzags sur des coquilles : était-ce une forme primitive d’art, des ornements corporels, des marques tribales, ou le simple passe-temps d’un adolescent désœuvré ou rêveur ?

D’autres chercheurs restent dubitatifs et font remarquer qu’aucune trouvaille comparable ne date d’une époque aussi reculée (de quelques centaines de milliers d’années…) et de cette région du monde (à plusieurs milliers de kilomètres des autres sites d’Homo Erectus). Mais n’est-ce pas le propre des découvertes que d’ouvrir des horizons nouveaux ?

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