Le problème posé par les connaissances astronomiques des anciens peuples

Malgré des indices probants, il paraît difficile d’admettre que les Anciens parvinrent, de quelque manière, à connaître l’infiniment petit, mais il existe également des preuves qu’ils connurent l’infiniment grand.

Personne ne peut dire comment les peuples de l’Antiquité furent capables d’obtenir leurs informations sans instruments de haute précision qui, apparemment, leur faisaient défaut.

78a45447711Cette contradiction entre une instrumentation rudimentaire et une connaissance approfondie a embarrassé scientifiques et historiens. On trouve par exemple, aux sources classiques, des références à la parallaxe solaire.

Dans les Temps modernes, la première observation de la parallaxe du Soleil fut faite par William Gascoigne en 1640 au moyen d’un treillis placé devant une lentille télescopique. Les sages de l’Antiquité ne sont pas connus pour avoir possédé des télescopes. Comment découvrirent-ils la parallaxe solaire ?

Observer le déplacement apparent du Soleil parmi les étoiles, illusion produite par le mouvement de la Terre sur son orbite, nécessite une instrumentation perfectionnée.

Comment les Anciens savaient-ils que l’orbite de la Terre n’est pas ronde mais elliptique ? Comment parvinrent-ils à conclure que le plan de l’orbite terrestre ne coïncide pas avec celui de l’équateur ?

Abordant le sujet, Plutarque cite Aristarque (IIIe siècle av. J.-C.). Ce dernier disait que « la Terre tourne dans un cercle oblique en même temps qu’elle opère une rotation sur son axe » [1]. Ce mystère dans l’histoire de l’astronomie fut remarqué par J. S. Bailly en 1781 et C. Gauss en 1819 et les célèbres astronomes en firent état dans leur œuvre monumentale.

Des sages sous la voute des cieux

Dans le Timée, qu’écrivit Platon il y a près de 2 400 ans, le philosophe rapporte le dialogue d’un grand prêtre égyptien avec Solon, le législateur grec. Un fait curieux en découle  : les sages du pays des Pyramides connaissaient la présence des astéroïdes dans l’espace et leurs collisions occasionnelles avec la Terre.

Voyons le passage en question :

Alors un des prêtres, qui était très vieux, lui dit : « Ah ! Solon, Solon, vous autres Grecs, vous êtes toujours des enfants, et il n’y a point de vieillard en Grèce. » A ces mots : « Que veux-tu dire par là ? demanda Solon. - Vous êtes tous jeunes d’esprit, répondit le prêtre ; car vous n’avez dans l’esprit aucune opinion ancienne fondée sur une vieille tradition et aucune science blanchie par le temps. Et en voici la raison. Il y a eu souvent et il y aura encore souvent des destructions d’hommes causées de diverses manières, les plus grandes par le feu et par l’eau, et d’autres moindres par mille autres choses. Par exemple, ce qu’on raconte aussi chez vous de Phaéton, fils du Soleil, qui, ayant un jour attelé le char de son père et ne pouvant le maintenir dans la voie paternelle, embrasa tout ce qui était sur la terre et périt lui-même frappé de la foudre, a, il est vrai, l’apparence d’une fable ; mais la vérité qui s’y recèle, c’est que les corps qui circulent dans le ciel autour de la terre dévient de leur course et qu’une grande conflagration qui se produit à de grands intervalles détruit ce qui est sur la surface de la terre. [2]

Rien n’est plus clair ! Le sage fait allusion aux astéroïdes dans l’espace et à leur écrasement accompagné d’explosions sur notre planète. La géologie révèle, aujourd’hui, qu’une météorite énorme tombant en Arizona il y a 50 000 ans produisit une explosion dévastatrice. Le cratère Barringer (1,20 km de large) demeure le témoignage de cette chute.

La Terre porte des cicatrices du même type en Arabie saoudite, en Australie et en Afrique ; quant à la Lune, elle en est littéralement criblée.

Collationner, puis évaluer correctement les données se rapportant aux phénomènes insolites de la nature ne peut être réalisé que par des générations d’hommes de science. Les sages de l’Egypte ancienne méritent ce titre.

L’Académie des sciences, en France, fit une communication écrite, vers la fin du XVIIIe siècle, pour contester les vues des anciens savants égyptiens : « A notre époque éclairée », est-il dit, « il reste encore des gens assez superstitieux pour croire que des pierres tombent du ciel. » N’est-ce point encore là un exemple du triomphe périodique de l’ignorance, même à une « époque éclairée » ?

Force est de convenir qu’un héritage scientifique s’est transmis, de génération en génération, pendant des milliers d’années en dépit des guerres, des famines, des épidémies et autres fléaux qui, souvent, détruisirent des civilisations entières.

87v7« Les mosquées s’écroulent, les palais tombent en poussière, mais le savoir demeure », disait Ulugh Beg, le grand astronome ouzbek du XVe siècle [3].

Pour cette phrase arrogante, le savant fut condamné à faire le pèlerinage de La Mecque. Il ne parvint jamais en Arabie, des agents du pouvoir l’assassinèrent en chemin. Le nom de ces sinistres meurtriers est oublié, mais, après six siècles, les Tables astronomiques d’Ulug Beg sont encore utilisées pour leur remarquable précision.

L'observation du ciel à la Préhistoire

Longtemps avant l’époque des mosquées et des palais, il existait, à l'age des cavernes, une solide tradition astronomique. Une série de cavités sur le rocher, dit des Pierres Folles, à la Filouzière, en Vendée,  ont été identifiées comme des cartes du ciel. Les constellations de la Grande Ourse, de la Petite Ourse et des Pléiades sont figurées par des groupements précis de petits trous percés dans le roc [4].

Si l’astronomie n’eut pas de but pratique pour les chasseurs, habitants des cavernes, l’observation des étoiles n’en éveilla pas moins leur intérêt.

Des milliers de notations remontant à la période glaciaire sont disséminées en Europe, de l’Espagne (Canchales de Mahoma et Abrigo de la Vina) à l’Ukraine (Gontzi). Elles se présentent, sous forme de traits verticaux, de lignes et de points, peints ou gravés sur la pierre ou sur l’os.

Au Paléolithique supérieur - qui s’étend approximativement de 35 000 à 8 000 ans avant J.-C. - un grand nombre de ces notations peuvent se découvrir dans les subdivisions azilienne, magdalénienne et aurignacienne. Le fait qu’un type d’art linéaire a existé de façon ininterrompue dans la préhistoire pendant quelque 30 000 ans est, en lui-même, significatif.

Ce genre de découverte incite à réviser nos jugements sur les facultés intellectuelles de l’homme au dernier stade de l’ère glaciaire.

Les astronomes des temps anciens

Les premiers encyclopédistes vécurent dans la Grèce antique. Ils n’avaient pas seulement récolté, classé et assimilé les connaissances des civilisations plus anciennes d’Egypte et de Sumer, mais ils étaient parvenus d’eux-mêmes à de brillantes conclusions.

« La Terre est ronde et elle tourne autour du Soleil », disait Anaximandre (v. 610-547 av. J.-C.). « La Terre est un globe », enseignait Pythagore à ses disciples de Crotone au VIe siècle avant notre ère.

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Aristarque de Samos (310-230 av. J.-C.) affirmait que la Terre se déplaçait sur une orbite autour du Soleil et qu’elle tournait, en même temps, sur son axe. Il ajoutait même que toutes les planètes se mouvaient également autour du Soleil [5].

« La Terre opère une révolution sur son axe une fois par 24 heures », disait Héraclite du Pont au IVe siècle avant notre ère [6]. Séleucus d’Erythrée (IIe siècle av. J.-C.) parlait aussi de la rotation de la Terre et de son orbite autour du Soleil.

« Je veux découvrir les dimensions de cette Terre », a dit Eratosthène (v. 276-194 av. J.-C.), le conservateur de la Bibliothèque d’Alexandrie. Il nota qu’à Syène, en plein sud, le Soleil était au zénith au jour correspondant au solstice d’été et à 7 degrés de la verticale, à Alexandrie, le même jour. Par la géométrie, il obtint un chiffre pour estimer la circonférence du globe et, ainsi, établir son diamètre. Aussi singulier que le fait puisse paraître, il n’y avait que 80 kilomètres d’écart entre le chiffre énoncé par Eratosthène pour le diamètre polaire et celui qu’accepte, actuellement, notre astronomie [7].

Lorsque Mégasthène, ambassadeur de Grèce aux Indes, aborda le sujet de l’astronomie au cours de l’audience que lui accordait le roi Chandragupta Maurya, en 302 av. J.-C., ce dernier déclara : « Nos brahmanes croient que la Terre est une sphère. » [8]

L’ancien livre Surya Siddhanta contient des calculs assez précis du diamètre du globe et de la distance qui sépare celui-ci de la Lune. Le Rig Veda, texte sacré de l’Inde, renferme un curieux passage concernant les « trois terres » - les unes dans les autres. Le globe terrestre se compose, effectivement, de trois zones : le noyau interne, le noyau externe et l’enveloppe, recouverte d’une croûte mince. Il fallut les progrès de la science et le perfectionnement des instruments pour faire constater la véracité du Rig Veda.

L'astronomie chez les mayas

180px-Dresden Codex p09L’ancien Mexique était parvenu à un degré incroyable dans le domaine des connaissances astronomiques. La durée de l’année est de 365,2422 jours , selon notre estimation moderne. Le calendrier grégorien est basé sur 365,2425 jours, mais pour les Mayas, ce temps était de 365, 2420 jours qui se trouve le plus rapproché du chiffre sidéral. En d’autres termes, les vieux Indiens de l’Amérique centrale avaient un calendrier plus précis que le nôtre en notre âge de science !

Les Mayas Copan donnaient au mois lunaire une durée de 29,53020 jours , les Mayas Palenque l’estimaient à 29,53086 jours . Les calculs astronomiques ont actuellement obtenu le chiffre de 29,53059 jours.

Comment les Mayas arrivèrent-ils à leurs résultats sans les chronomètres et autres instruments de précision que nous possédons aujourd’hui ? Le chiffre exact se situe, on le voit, à mi-chemin entre les estimations des Mayas Copan et des Palenque.

Au Guatemala, la stèle I d’El Castillo, à Santa Lucia Cotzumahualpa, représente le passage de Vénus sur le disque solaire le 25 novembre 416. Cette découverte fut faite par C.A. Burland qui en donna communication au Congrès international des Américanistes, tenu à Copenhague du 8 au 14 août 1956. Au cours de la réunion, Burland constata que « les astronomes cotzumahualpans étaient des scientifiques sérieux et précis ». [9]

Il est de fait que pour parvenir à une connaissance aussi poussée d’un événement astronomique de ce genre, de nombreux siècles d’études continuelles et ininterrompues furent nécessaires. Il est possible que nous ayons, jusqu’ici, mal daté le début de la civilisation en Amérique centrale.

Notes :

  • [1] Plutarque , De facie in ore lunae, t. II.
  • [2] Platon, Timée, 22d. (Trad. Émile Chambry)
  • [3] On peut lire une autre traduction restylisé dans divers ouvrages : « Les religions se dissipent comme le brouillard, les empires se démantèlent, mais les travaux des savants demeurent pour l'éternité. »
  • [4] Comptes rendus hebdomadaires des séances de l'Académie des sciences, volume 174, 1922, p. 537.
  • [5] Oeuvres morales de Plutarque, Volume 4, Didier, 1844, p. 307.
  • [6] Histoire naturelle de Pline, Volume 1, liv. II, 35, éd 1771.
  • [7] Voir les citations de Strabon dans sa Géographie, livre I et II.
  • [8] Strabon, Op. Cit., livre XV, sur les Indes.
  • [9] C.A. Burland « Inscription on Stela I, El Castillo, region of Santa Lucia Cozumalhuapa, Guatemala » in: Proceedings of the 32 International Congress of Americanists, Copenhagen, 8-14 Aug. 1956.

Bibliographie :

  • Nous ne sommes pas les premiers, Andrew Tomas, éd. Albin Michel, Paris, 1972.
  • La science antique et médiévale: des origines à 1450, René Taton, 1994.
  • Histoire du ciel, Camille Flammarion, Paris, 1872.
  • Histoire de l'astronomie ancienne, M. Delambre, 1817.
  • Recherches sur l'histoire de l'astronomie ancienne, Paul Tannery, 1893.
  • Greek Science in Antiquity, Marshall Clagett, 1955.
  • Early Man and the Cosmos, Evan Hadingham, University of Oklahoma Press, 1985.

Sources des illustrations : 1) Machina Coelestis 2) Cometographia 3) Tableau Uranographique et Cosmographique 4)

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