Les trois vies de la Dame à l'hermine

L’ingénieur français Pascal Cotte vient de passer trois ans à étudier le tableau de Léonard de Vinci « la Dame à l’Hermine », conservé au château Wawel à Cracovie en Pologne.

Grâce à la nouvelle méthode dite d’amplification des couches (LAM en anglais, pour Layer Amplification Method), il a pu reconstituer l’histoire des hésitations de l’artiste, qui a remanié son tableau à plusieurs reprises.

La méthode LAM consiste à éclairer vivement la peinture et à analyser la lumière réfléchie par le tableau et à en amplifier numériquement les infimes différences : ainsi, les sous-couches masquées sous un rajout de peinture réapparaissent, bien qu’invisibles à l’œil nu puisque masquées par le détail qu’a modifié le peintre.

Pascal Cotte explique : « La technique LAM nous permet de peler le tableau comme un oignon, en ôtant la surface pour voir ce qui se passe dessous et sous les différentes couches de peinture. C’est ainsi qu’on a découvert que Leonardo changeait souvent d’idée. C’était quelqu’un qui hésitait : il effaçait des choses, il en rajoutait d’autres, puis il changeait encore d’avis. »

Les troies vies de la Dame à lhermine

C’est ainsi qu’il a pu établir que, sur la première version du tableau, la dame ne tenait pas d’hermine dans ses bras. Une deuxième version montre une hermine malingre tenue par une main aux doigts fins. Ce n’est qu’après une troisième modification que le tableau a été achevé dans l’état où il nous est parvenu, avec une hermine blanche et bien en chair tenue par une main qui avait gagné en épaisseur.

L’hermine, pour Leonard de Vinci, était un symbole de pureté.

Le tableau a été acheté par le prince Adam Jerzy Czartoryski en 1798 pour ce qui fut le premier musée de Pologne. Il a ensuite été récupéré et emporté à Paris par la famille Czartoryski après l’insurrection anti-tsariste de 1830-1831. Revenu en Pologne, il a été volé un siècle plus tard par le gouverneur nazi Hans Frank après l’invasion de la Pologne en 1939. La Dame à l’Hermine est aujourd’hui encore la propriété de la Fondation des Princes Czartoryski. Normalement exposé au Musée de Cracovie, il est temporairement accroché dans le château royal de Wawel pendant les travaux de rénovation du musée.

Source de l'illustration : BBC

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