L’Élan de Zjuratkoul

Les fouilles archéologiques sur un géoglyphe découvert en 2011 dans les monts Oural, en Sibérie, révèlent peu à peu les circonstances dans lesquelles le monument géant a été conçu.
 
Situé près du lac Zjuratkoul, à 200 km à l’ouest de Tcheliabinsk sur un plateau à 860 m d’altitude, ce glyphe de 275 m de long représente un quadrupède à cornes et doté d’un museau étonnamment long, de la forme générale d’un élan au long museau. Il a été découvert par Alexander Shestakov, un chercheur de la région qui avait repéré par hasard ses alignements de pierres sur une photo satellite de Google Earth.

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Alexander Shestakov a immédiatement prévenu les services archéologiques de la région, qui ont monté une première reconnaissance à l’aide d’un hydravion et d’un parapente pour photographier la zone, puis une deuxième par voie terrestre.

Les fouilles qui ont été menées depuis ont révélé la technique de sa construction. Il ne s’agissait pas d’un empilement de pierres à la surface du sol : une tranchée de dix mètres de large avait été creusée tout le long du tracé de l’élan géant, puis comblée avec des pierres de calcaire et des cendres. À l’origine, l’ensemble devait apparaître comme un gigantesque tracé blanc affleurant et contrastant avec la verdure du plateau.
 
En 2012, une première datation avait été avancée, basée sur la technique de fabrication des outils retrouvés sur place (obtenus par éclatement de roches) et faisant remonter l’Élan de Zjuratkoul à 6000 ans av. J.-C. Plus récemment, une datation au radiocarbone a permis de rectifier cette première estimation : le géoglyphe aurait plus probablement été construit entre 4000 et 3000 av. J.-C. C’est à ce jour le plus ancien géoglyphe connu.
 
Mais l’analyse des outils utilisés pour creuser la tranchée ou pour casser les pierres de remblai a permis d’autres découvertes sur les gens qui ont mené cet immense chantier préhistorique.
 
En tout, les archéologues ont déterré à ce jour 155 de ces outils. Stanislav Grigoryev, chercheur de l’Institut d’Histoire et d’Archéologie de Tcheliabinsk, explique : « À en juger par les différentes tailles des outils, dont certains font 17cm de long et pèsent près de 3kg mais dont d’autres ne font que deux centimètres, il semble évident qu’ils ont été utilisés par des adultes mais aussi par des enfants. On peut en conclure que tous les membres du clan ont participé à la création de l’élan. […] Ils s’étaient tous impliqués dans une œuvre collective, importante pour toute leur communauté. »
 
Plusieurs techniques avaient été utilisées, peut-être pour créer des effets colorés. Par exemple, les sabots de l'élan avaient été remblayés avec un mélange d’argile et de pierres concassées. Quand les chercheurs ont excavé une partie des pattes arrière, ils ont découvert que les plus grosses pierres avaient été disposées sur le bord du tracé, en guise de bordure, et que de plus petites pierres avaient été utilisées pour combler l’intérieur du motif.
 
Ce géoglyphe présente des similitudes avec ceux de Nazca au Pérou et avec d’autres, tels que le Cheval Blanc de l’Oxfordshire ou le Géant du Dorset en Angleterre, mais l’Élan de Zjuratkoul serait bien plus ancien.

Les archéologues ont cependant trouvé des similitudes entre l’Élan de Zjuratkoul et des pétroglyphes découverts en Finlande. Le chantier de fouilles doit se poursuivre l’été prochain, pour essayer d’en apprendre un peu plus sur la peuplade qui a construit l’élan. En attendant, les pollens trouvés au fond de la tranchée vont être analysés et une nouvelle datation, plus précise, va être tentée par luminescence stimulée (une technique qui consiste à mesurer les doses absorbées par certains isotopes contenus dans les roches et à les comparer au rayonnement cosmique).
 
Stanislav Grigoryev poursuit : « Si on pouvait retrouver des poteries sur le site, ça nous aiderait. Ces poteries nous faciliteraient la datation et nous aideraient à comprendre qui étaient les gens qui ont créé ce géoglyphe. On ne sait pas bien qui ils étaient. Ce qui est sûr, c’est que la création de l’élan revêtait une grande importance sociale. Ces géoglyphes sont un signe fort d’unité au sein d’une communauté. »
 
« On sait que les habitants de ce territoire au Néolithique et à l’Énéolithique étaient essentiellement des chasseurs et des pêcheurs. Nous avons mené des fouilles sur un site proche où avaient habité des humains, sur la rive du lac, en nous fondant sur l’hypothèse que les constructeurs de l’élan avaient pu y habiter. Mais nous n’y avons pas trouvé trace de structures sociales importantes. Ce n’était qu’un site de chasse et de pêche. »
 
456003Pour le professeur Grigoryev , le mystère reste entier : « Ça me tarabuste. Je pense sans arrêt aux gens qui ont construit le géoglyphe, et je m’interroge sur leurs motivations. »
 
Les fouilles sur le site de l’élan ont mis au jour les restes de deux foyers, mais ceux-ci n’ont été utilisés qu’une seule fois. Peut-être ces deux avaient-ils été allumés à des fins rituelles.
 
Parmi les nombreuses théories avancées pour expliquer les géoglyphes, certaines pourraient expliquer les raisons qui ont poussé le clan ou la peuplade préhistorique des bords du lac Zjuratkoul à construire leur élan géant : le marquage d’un territoire, visible de tous, ou bien un lieu de cérémonies rituelles. Quoi qu’il en soit, l’élan était assez important aux yeux de ces gens pour qu’ils associent leurs enfants à sa construction.
 
Les fouilles et les analyses à venir permettront peut-être d’en savoir un peu plus.

Source : Siberiantimes.com

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