Grandeur et décadence des empires : le climat responsable ?

4 septembre 476. Sous les avancées des troupes d'Odoacre, Romulus Augustule capitule. C'est la fin de l'Empire romain d'Occident.

La possibilité de l'influence des variations du climat sur cet évènement, et plus largement sur les bouleversements historiques connus par la civilisation, avait été évoquée, mais sans preuve scientifique tangible. Une étude internationale publiée dans la revue américaine Science [1], coordonnée par Ulf Büntgen de l'Institut fédéral de recherche sur la forêt, la neige et le paysage (WSL), vient d'en apporter.

Les scientifiques ont procédé par étude des cernes de croissance des arbres (dendrochronologie). Celles-ci permettent de reconstituer avec une estimation suffisamment fiable les profils de température et d'humidité, donc de précipitations, au cours de la durée de vie de l'arbre. En utilisant les données ainsi tirées d'environ 9000 bois subfossiles, historiques, archéologiques et d'arbres vivants, les chercheurs ont pu retracer les évolutions du climat depuis la fin de l'Age du fer, il y a 2500 ans, jusqu'à aujourd'hui. Si l'âge d'or de l'empire romain est marqué par un climat humide et chaud, l'âge noir des invasions barbares semble correspondre à une période froide et sèche. La nouvelle hausse des températures à partir du VIIème siècle coïncide avec le développement de la période médiévale. Un refroidissement aurait eu lieu au début du XVIIème siècle, correspondant avec la vague de famine et la Guerre de Trente Ans.

Selon Ulf Büntgen, les "conditions climatiques très changeantes qui ont prévalu entre 250 et 550 après J.-C." peuvent "expliquer partiellement l'affaiblissement de l'Empire romain ainsi que les grandes invasions qui ont suivi". Il souligne cependant qu'aucun principe de causalité ne saurait en être conclu, le but de cette étude étant de "comparer l'histoire climatique et l'histoire humaine sans établir entre les deux des liens directs".

Source :

Note :

  • [1] U. Büntgen & al., "2500 Years of European Climate Variability and Human Susceptibility", Science, 13 janvier 2011 : http://www.sciencemag.org:80/content/331/6017/578.abstract

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