De l'eau sous les sables

Article tiré du magazine Science & Vie N°889, Octobre 1991, page 82.

Le désert qui recouvre une grande partie de l'Egypte était autrefois humide et fertile. Il contient en sous-sol assez d'eau pour irriguer près de 100 000 ha de cultures pendant 200 ans.

L'information n'est pas surprenante. On sait, en effet, que les régions désertiques actuelles de l'Afrique du Nord constituaient autrefois le grenier à blé de l'Empire romain, et que ses forêts d'yeuses (chênes verts) alimentaient la construction navale impériale. Les oasis de Siwa, Kharga, Dakhla, Farafra, en témoignent d'ailleurs. Mais le mérite du géologue d'origine égyptienne Farouk El-Baz, professeur à l'université de Boston, est d'avoir confirmé la présence de grandes nappes phréatiques au moyen d'images prises par des satellites américains, soviétiques et français. Son mérite est également d'avoir reconstitué l'histoire géologique du désert de Libye.

sahara vertEl Baz a ainsi identifié l'ancien delta du Nil, qui trouvait à l'ouest du delta actuel, ainsi que le cours de nombreuses rivières aujourd'hui enfouies sous le sable. Le Nil serait déplacé vers la fin du Miocène, il y a quelque 5 millions d'années, à la suite de bouleversements géologiques. Ce site est actuellement recouvert de sédiments fertiles nilotiques, enfouis sous les sables, qui pourraient être utilisés pour l'agriculture. Sur ces indications, le gouvernement égyptien a foré, dans le sud-ouest du pays, un puits. La présence de grandes réserves d'eau a été confirmée ; le pompage a commencé afin d'irriguer une ferme expérimentale de 2 000 ha.

El Baz, qui a présenté le résultat de ses travaux à la dernière réunion de l'American Association for the Advancement of Science, à Washington, a aussi relevé que le haut barrage d'Assouan, souvent critiqué depuis sa construction, a sauvé l'Egypte de la sécheresse en 1968 et en 1973, et a permis, à plusieurs reprises, de régler le débit du fleuve pour éviter des inondations. Le lac Nasser, créé en amont du barrage, peut contenir 170 milliards de m3 d'eau : de quoi satisfaire les besoins du pays pendant 3 ans.

Des fouilles dans l'actuel désert de Libye ont montré qu'il était habité il y a 200 000 ans, date présumée de l'apparition de l'Homo sapiens. La dernière période humide s'y est terminée il y a 5 000 ans à peine. Aujourd'hui, dans les parties les plus arides de ce vaste désert, il ne pleut qu'une fois tous les 10 ou 20 ans.

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