Avant-propos du livre « Les Cartes des Anciens Rois des Mers »

Avant-propos du livre « Les Cartes des Anciens Rois des Mers » (Charles H. Hapgood, Ed. du Rocher, 1981).

Avant-propos de Paul-Émile Victor

1432935Au cours des trois premières campagnes des Expéditions polaires françaises [1] sur le désert de glace du Groenland (1949-1950-1951), nous avons effectué un nombre élevé de sondages séismiques pour mesurer l'épaisseur de la calotte glaciaire et dresser la carte du sous-sol rocheux qui y est enfoui depuis quelques millions d'années [2]. C'est ainsi que le 26 octobre 1951 l'AFP annonçait qu'« une expédition française dirigée par Paul-Émile Victor avait découvert que le Groenland, sous sa masse de glace, était en réalité un archipel de trois îles ».

Cette information de presse tomba sous les yeux d'un ingénieur retraité du Service hydrographique de la US Navy, le Captain Arlington H. Mallery. Celui-ci se penchait, avec passion, depuis des années, sur les cartes très anciennes, cherchant à interpréter leurs systèmes de projection et les rétablissant, en projections modernes et à l'échelle des cartes récentes, afin de permettre une comparaison valable. Il m'écrivit aussitôt (je n'ai eu le plaisir de le rencontrer que plus tard, à l'occasion de réunions polaires internationales). Cette information lui apportait, me dit-il, la confirmation qu'une carte très ancienne qu'il avait étudiée (carte de Zeno, 1558) malgré ses dissemblances d'avec les cartes modernes, était basée sur des réalités, longtemps oubliées, ou mêmes disparues : la carte de Zeno montrait le Groenland divisé en trois îles.

Je n'insisterai pas sur la correspondance passionnante qui suivit. Ni sur les soirées non moins passionnantes que je passai en sa compagnie à chacun de mes séjours aux Etats-Unis.

Car ce merveilleux homme avait découvert, par ses études des cartes anciennes, des choses tellement incroyables, inexplicables qu'elles en paraissaient farfelues.

En 1953, peu après nos premiers échanges de correspondance, Arlington Mallery « découvrit » la carte de Piri Re'is (1513). Sur cette carte, les côtes de l'Amérique du Sud se prolongent vers le Sud, c'est-à-dire vers l'Antarctique, avec une profusion de détails qui fit dire à Mallery qu'il s'agissait là des côtes du continent (Antarctique) avant sa glaciation... Cette glaciation se situe, dans l'état actuel de nos connaissances, il y a 10 à 15 millions d'années avant l'apparition de l'homme sur la Terre... Alors ? Que penser des ressemblances troublantes que l'on trouve entre les « côtes antarctiques » de la carte de Piri Re'is et les caractéristiques sous-glaciaires découvertes par sondages séismiques effectués par des expéditions britanniques après 1950 ? [3]

La carte de l'Antarctique d'Oronteus Finaeus (en français : Oronte Finé), datée de 1531, est plus étonnante encore que celle de Piri Re'is. Elle couvre en effet la totalité du continent Antarctique et montre clairement les deux immenses échancrures que sont la plate-forme (ice-shelf) de Ross et celle de Filchner-Ronne.

Tout cela finit par être signalé à un professeur de Keene State College, Charles H. Hapgood. Il fut pris d'une telle passion pour l'ensemble des mystères et problèmes posés par les cartes anciennes qu'il y passa pratiquement toutes ses nuits à travailler avec ses étudiants, et cela pendant sept ans.

J'ai rencontré Hapgood pendant cette période mémorable, avant la publication de ses résultats [4]. Ce qu'il avait ajouté, pour l'Arctique et pour l'Antarctique, aux découvertes de Mallery, résonna pour moi comme du Wagner à Bayreuth... Mais ce qu'il avait découvert sur les cartes anciennes des quatre hémisphères (nord, sud, ouest et est) était encore plus extraordinaire !

Hapgood livreJe n'en dirai pas davantage : c'est le sujet de son livre, passionnant comme le meilleur des « polars ». Pour en suivre les règles je me tairai donc pour laisser au lecteur toute la joie du suspense.

Je désire cependant ajouter deux remarques qui me paraissent importantes.

La première : l'esprit scientifique consiste, primo, à ne rien admettre qui ne soit prouvé ; secundo, à ne rien nier qui n'ait été démontré erroné, tertio, à afficher la prudence la plus élémentaire en faisant précéder toute affirmation par : « dans l'état actuel de nos connaissances ».

Il existe ainsi un nombre étonnant de faits anciens, de mystères du passé, qui, dans l'état actuel de nos connaissances, ne s'expliquent pas ou parfois même ne se comprennent pas. Pour n'en citer que quelques-uns : l'origine des races humaines (sans parler du « créationnisme »); les «pistes d'atterrissage » (!) de la plaine Nazca (dont certaines de 15 km de long) ; la raison pour laquelle les Polynésiens de l'île de Pâques sculptèrent et érigèrent leurs colossales statues (dont la plus grande pèse plus de 40 tonnes) ; l'origine de l'explosion naturelle qui ébranla la Sibérie le 30 juin 1908 ; et bien d'autres encore. Parmi lesquels, un des plus étranges peut-être, un des plus inexplicables, un de ces mystères dont les implications, les avatars éventuels sont infinis et nous laissent pantelants : celui des origines de certaines cartes anciennes objet de ce livre. Elles paraissent décrire, avec précision, certaines régions du globe, 500 ans (et très probablement beaucoup plus) avant leur découverte... et parfois donner des détails disparus plusieurs dizaines de millions d'années avant l'apparition de l'Homme... (!)

7484555La deuxième : il y a deux mille ans, Jules César, au nom de la civilisation romaine, brûla Alexandrie. Avec Alexandrie disparut sa bibliothèque, unique au monde, de 500 000 volumes (on parle même d'un million...).

Il y a une décennie, Mao Tsé-toung, au nom de la civilisation chinoise communiste, fit détruire par sa révolution culturelle (culturelle... !) plusieurs centaines de milliers (on parle, là aussi, de plus d'un million) de livres uniques au monde.

C'est ainsi que disparaît toute trace des civilisations.

Notes :

  • [1] Expéditions polaires françaises (missions Paul-Émile Victor) ont à leur actif, en 1981, 42 expéditions de recherche scientifique tant dans l'Arctique que dans l'Antarctique.
  • [2] Voir l'article de Paul-Émile Victor « Wringing secret from Groenland Ice Cap » dans le National Geografic Magazine de janvier 1956 (2 cartes, 20 ill.).
  • [3] Voir l'article de Paul-Émile Victor dans la revue Planète de mars-avril 1963.
  • [4] Maps of the ancient sea kings, Philadelphia 1966.

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