Un rite de passage à l'Âge du Bronze ?

Depuis la nuit des temps, l’apprentissage des méthodes ancestrales de lutte fait partie des rites de passage des adolescents russes. Mais une découverte archéologique amène à se demander si, à l’Âge du Bronze, ces rites n’exigeaient pas des garçons destinés à la chasse ou à la guerre qu’ils fassent des sacrifices.

Au début, les archéologues Dorcas Brown et David Anthony sont restés perplexes. En fouillant le site de Krasnosamarkskoïe, situé dans la région de la Volga et qui date de l’Âge du Bronze, ils ont déterré les ossements d’au moins 51 chiens et 7 loups. Tous avaient été tués pendant les mois d’hiver, comme le montre leur dentition, avant d’être écorchés, démembrés, découpés à la hache et finalement brûlés.

78445uAutre détail troublant, ceux qui les ont tués ont utilisé la même méthode, les mêmes gestes précis pour découper le museau des chiens en trois morceaux et leurs crânes en fragments géométriques d’environ 3 cm de long. Tout semble indiquer la pratique d’une sorte de rituel : « C’était très étrange », explique David Anthony.

Pam Crabtre, archéozoologiste à l’Université de New York, n’a pas pris part aux fouilles mais se dit d’accord avec les conclusions des deux chercheurs, qui enseignent au Hartwick College d’Oneonta dans l’état de New York aux USA. Elle confirme que les méthodes de découpe des cadavres des chiens n’ont rien à voir avec celles que pratiquaient les bouchers charcutiers de l’Europe préhistorique. Ces chiens-là n’ont pas été tués pour être mangés.

« Les os ont été découpés en petits morceaux. Quelqu’un qui chercherait à retirer les meilleurs morceaux de viande ne procèderait jamais comme ça », explique-t-elle.

L’archéologie ayant ses limites, Dorcas Brown et David Anthony ont cherché à confronter leur découverte aux légendes locales, aux chants traditionnels et aux écrits paléographiques du berceau indo-européen. C’est en lisant les textes de prières indiennes qui datent peut-être de 1400 av. J-C qu’ils ont trouvé une description d’un rite initiatique destiné aux garçons appelés à devenir des guerriers itinérants.

A l’âge de 8 ans, les garçons étaient confiés aux prêtres, qui les baignaient, leur rasaient le crâne et qui leur donnaient des peaux de bêtes pour se vêtir. Puis, quand les garçons atteignaient l’âge de 16 ans, ils subissaient, au milieu de l’hiver, une cérémonie initiatique où ils mimaient leur mort rituelle et leur passage dans l’inframonde. Après cela, ils quittaient leur famille, leur maison, se peignaient le corps en noir, revêtaient une cape en peaux de chien et rejoignaient un groupe de guerriers.

Dorcas Brown et David Anthony n’ont pas manqué de relever d’étranges coïncidences avec ce qui s’est passé à Krasnosamarkskoïe, a début de la saison de la chasse qui va du solstice d’hiver au solstice d’été. Ils spéculent - sans preuve - que les garçons de Krasnosamarkskoïe ont pu être amenés à tuer leurs propres chiens domestiques, en une sorte  de rite d’abandon de leur vie passée.

Les canines des chiens montrent qu’ils avaient entre 7 et 12 ans au moment de leur mort, ce qui laisse à penser qu’ils avaient passé plusieurs années en compagnie des hommes. Etaient-ils élevés avec les garçons depuis leur naissance ?

« Cela pourrait avoir du sens », conclut Dorcas Brown. « Pour revêtir la tunique du guerrier, un jeune garçon innocent doit se transformer en tueur. »

Or pour les deux chercheurs, cette transition ne s’opère pas toute seule : « On doit s’entraîner à tuer » pour s’endurcir.

Pour les garçons de l’Âge du Bronze à Krasnosamarkskoïe, cet entraînement exigeait-il de tuer et débiter en petits morceaux leur compagnon depuis l’enfance, c’est-à-dire leur chien fidèle ?
 
C’est une réponse que n’apporteront pas les fouilles archéologiques.

Source : http://news.nationalgeographic.com/news/2013/13/130514-dogs-sacrifice-initiation-rite-russia-archaeology-science/

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