Les secrets musicaux de la chapelle Rosslyn

Tout au long de l'histoire, des artistes ont truffé leurs oeuvres de codes, de symboles et de références occultes : Mozart aurait intégré des références maçonniques dans certains de ses opéras et les tableaux de Léonard de Vinci semblent souvent remplis de symboles subtils et d'allusions sous-jacentes…

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Les architectes aussi ont glissé des messages cachés dans leurs édifices. À Roslin, en Écosse, se trouve l'énigmatique chapelle Rosslyn, dont la première pierre fut posée le jour de la Saint-Matthieu en 1446. Elle foisonne de références cachées et codées qui fascinent les visiteurs depuis des siècles. L'une des principales curiosités de cette chapelle est le pilier de l'Apprenti, qui forme une magnifique hélice sculptée.

D'aucuns pensent que ce pilier et son pendant, le pilier du Maître, représentent Boaz et Jachin, les piliers qui ornaient l'entrée du premier temple de Jérusalem. Sur l'architrave qui relie les deux piliers, on peut lire l'inscription latine Forte est vinum fortior est rex fortiores sunt mulieres super omnia vincit veritas, c'est-à-dire : « le vin est fort, le roi est plus fort, les femmes encore plus fortes, mais c'est la vérité qui domine tout. » Cette citation provient du troisième chapitre du livre d'Esdras, un livre apocryphe de la Bible.

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Cette chapelle a également un lien très ancien avec la franc-maçonnerie, et même, d'après la légende, avec les Templiers... On trouve dans l'église de multiples références à la clé d'Hiram, composante majeure de la légende maçonnique. À l'époque moderne, l'édifice a souvent été utilisé pour les cérémonies des francs-maçons.

À cause de son lien avec la franc-maçonnerie et des rumeurs selon lesquelles elle recèlerait des cryptes secrètes, la chapelle a parfois été évoquée comme le lieu où pourrait reposer le Saint-Graal : trois coffres médiévaux seraient enterrés dans les environs… Mais les recherches au scanner et des fouilles dans et autour de l'édifice n'ont jamais rien révélé.

Une des explorations, cependant, donna d'intéressants résultats : en 2005, le compositeur écossais Stuart Mitchell a réussi à élucider une série complexe de codes cachés dans 213 cubes du plafond de la chapelle [1]. Après avoir réfléchi au problème pendant 20 ans, Mitchell a découvert que les motifs des cubes formaient une partition de musique écrite pour 13 musiciens du Moyen Âge. Ces sons inhabituels auraient eu une signification spirituelle pour les constructeurs de la chapelle.

La clé du déchiffrement est apparue lorsqu'il a découvert que des pierres situées au pied de chacun des 12 piliers de la chapelle formaient une cadence (les trois accords finaux d'un morceau de musique) dont il n'existait que trois variantes connues ou jouées au XVe siècle. En octobre 2005, il déclarait dans le journal The Scotsman : « c'est un morceau en trois temps qui ressemble à une chanson d'enfant. Il est écrit en plain-chant, une forme de composition courante à l'époque. Dans les années 1400, il n'y avait pas vraiment d'indications concernant le tempo, donc j'ai choisi de le jouer en six minutes et demie. Mais avec un tempo différent, on pourrait très bien le faire durer sur huit minutes. »

C'est la chapelle elle-même qui fournit les instructions concernant les musiciens qui doivent interpréter ce morceau : au sommet de chaque pilier est sculpté un musicien jouant d'un instrument médiéval différent - cornemuses, pipeaux, trompette, orgue à bouche médiévale, guitare - ou un chanteur. Mitchell a intitulé ce morceau :

Note :

Source bibliographique :

  • Casseurs de code : Les décryptages historiques et les secrets de professionnels. Stephen Pincock, Marc Frary. Ed. Acropole Belfond, 2008.

Table des illustrations :

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