Les plus anciennes peintures rupestres découvertes en Indonésie ?

220px-Sulawesi TopographyDes peintures réalisées dans une grotte située sur l'ile de Sulawes en Indonésie viennent d'être datées à -40 000 ans, selon une étude publiée le 8 octobre 2014 dans la revue Nature. Si cette datation venait à être confirmée par d'autres travaux, cela indiquerait que l'Europe n'est pas le foyer unique de l'art figuratif préhistorique.

La grotte en question n'est pas vraiment une découverte, puisqu'elle est connue depuis les années 1950. A cette époque, ont découvre notamment des peintures constituées de mains en négatif, réalisées avec la méthode du pochoir. Des animaux sont également représentés : il y a notamment des porcs, peints dans des tons rouges.

Les archéologues d'alors qui effectuent cette découverte datent ces peintures à -10 000 ans environ. Pour eux, il n'y avait aucune raison de considérer qu'elles étaient plus anciennes.

Mais au cours de ces derniers mois, une équipe de chercheurs australiens et indonésiens décident d'effectuer de nouveaux travaux de datation sur ces peintures. Et leurs résultats sont pour le moins étonnants, puisqu'ils révèlent que certaines de ces peintures (les mains en négatif) seraient en réalité âgées de 39 900 ans ! Soit des peintures aussi anciennes que les mains en négatif des grottes européennes (celles de la grotte de Chauvet, notamment), voire même légèrement plus anciennes.

Quant aux animaux peints, certains d'entre eux auraient été réalisés il y a 35 400 ans, selon ces nouveaux travaux de datation.

Ces nouvelles datations ont évidemment d'importantes implications, puisqu'elles font de ces peintures les plus anciennes traces d'art pariétal connues dans le monde. De plus, ces datations incitent à penser que le premier foyer d'art préhistorique n'est peut-être pas l'Europe, mais l'Indonésie.

Notons toutefois que des motifs géométriques gravés par l'homme, probablement réalisés il y a quelques 70 000 ans, avaient déjà été découverts en Afrique. Mais il ne s'agissait alors que de possible vestiges d'art abstrait, et non d'art figuratif comme c'est le cas ici.

Comment expliquer la présence de ces peintures en Indonésie ? Les auteurs de l'étude présentent deux théories : la première consiste à considérer que ces dispositions artistiques ont évolué indépendamment en plusieurs endroits du monde, tandis que la seconde suppose que l'art pariétal pourrait être né en Afrique, et que les premiers hommes modernes l'auraient emmené avec eux durant leur migration.

Ces datations sont-elles véritablement fiables ? Ce n'est en tout cas pas l'avis de tous les spécialistes. Selon le paléoanthropologue Randall White (Université de New York, Etats-Unis), la méthode de datation utilisée par les auteurs de cette nouvelle étude, consistant à dater uniquement la couche supérieure de ces peintures composée de carbonate de calcium, n'est pas forcément fiable. En effet, selon ce chercheur, la fine couche de carbonate de calcium qui fait l'objet de la datation est susceptible d'être contaminée par des flux d'eau contenant de l'uranium, de la poussière ou encore d'autres substances, lesquels pourraient alors biaiser les datations en les "vieillissant".

En l'état, et au vu des enjeux scientifiques qui résident derrière ces datations, il y a donc fort à parier que de nouveaux travaux de datations de ces peintures seront effectués au cours des années à venir.

En attendant, voici une vidéo consacrée à la découverte, produite par la revue Nature :

ft