La « route de Bimini » et autres structures artificielles submergées

biminiBimini... Cet îlot des Bahamas fut découvert au printemps de l’année 1512 par l’Espagnol Juan Ponce de León, qui pensait y trouver la fameuse « fontaine de jouvence » des légendes des Indiens antillais. L’île enchanteresse que célébra le poète allemand H. Heine (1797-1856) avait été présentée comme une résurgence de l’Atlantide par l’extralucide américain Edgar Cayce.

En 1968, l’îlot revint au-devant de l’actualité à cause de la découverte, dans sa proximité immédiate, de structures sous-marines d’un aspect particulier, immergées vraisemblablement sous l’action du lent affaissement local du plateau des Bahamas et du rehaussement ininterrompu du niveau des eaux marines dû à la fonte des glaces polaires. L’aspect, la nature et l’ancienneté datable des structures artificielles de Bimini demandaient que l’on s’interroge sur leur nature et leurs origines [1].

Les recherches entreprises sur place depuis 1968 jusqu’en 1971 ont permis de mettre en évidence une structure rocheuse longue d’environ 66 m et large d’une dizaine de mètres, construite semblait-il de gros blocs de pierre réguliers assemblés par une espèce de ciment tout aussi dur.

Certains des blocs avaient plus de 5 m de côté et leur épaisseur variait entre 50 et 150 cm. Leurs poids atteignaient assez souvent les 5 tonnes. Les sondages effectués sur place révélèrent l’existence d’au moins une deuxième couche de pierres similaire sous la première. La face extérieure du mur est nettement dressée et alignée.

Les plongées successives des explorateurs confortèrent l’idée qu’on avait affaire à une sorte de très ancien port submergé comportant non seulement des quais mais aussi une double jetée élargie à certains endroits de façon symétrique. C’est un ensemble de type cyclopéen, dont le mode d’édification s’apparente à celui du mégalithisme d’Europe occidental. Les variations du niveau marin dans la région permettent de dater correctement la construction. Des calculs précis assurent que les structures de Bimini se trouvaient à l’air libre il y a huit à dix mille ans [2].

 

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Dès l'annonce de la découverte, une vive controverse éclata autour de la nature réelle desdites structures. Un certain Wyman Harrison, géologue et écologiste en quête de gloire facile, décréta qu'elles étaient naturelles. Malgré les conclusions contraires scientifiquement établies par des spécialistes hautement qualifiés [3], on s'en tint au mensonge proclamé par Harrison.

Cette attitude était moins dictée par la force des arguments de ce dernier, que par le fait qu'on ne pouvait pas imaginer des bâtisseurs capables de réaliser de telles constructions à l'époque, ni en Amérique, ni ailleurs..

Bahamas-biminiPrécisons encore que selon d’autres spécialistes et le rapport officiel des géologues de l’université de Miami du 25 février 1971 [4], le « mur » est formé de blocs de micrite qui ne présentent aucune ressemblance de nature pétrographique avec les formations rocheuses naturelles qu’il recouvre. Ces dernières sont de nature calcarénite (grains de matériau calcaire cimenté par des cristaux aciculaires d’aragonite), caractéristique des roches des côtes du nord de l’îlot de Bimini.

Le rapport des scientifiques est formel : les blocs qui composent cette structure artificielle relèvent, du point de vue géologique, de couches qui se trouvent à une distance de plus de vingt kilomètres de l’autre côté de l’île, d’où ils proviennent.

En outre, comme nous allons le voir, un autre site englouti avait déjà été identifié dans la région, quelques mois avant la découverte de ce qu'on appellera plus tard la « route de Bimini ».

Découvertes dans l'archipel d'Andros

Passionné d’archéologie, le professeur Manson Valentine fut, avec Ernest Williamson, un des pionniers de la photographie sous-marine, dont il s’occupa dès 1926. Depuis lors, il n’a cessé de rechercher des structures englouties un peu partout sur ce vaste plateau des Bahamas, concentrant particulièrement ses efforts entre Nassau et Bimini. Son premier collaborateur fut le pilote de fret Robert Brush, qui survolait journellement la région qui s’étend de Bimini à l’île d’Andros.

bahamas3-templeC’est dans ces parages qu’en 1968 Brush découvrit et photographia, au nord de l’île d’Andros, une structure apparemment rectangulaire. Il avertit aussitôt le professeur Manson Valentine, et, accompagnés de Dimitri Rebikoff, ils allèrent visiter le site, ce qu’ils durent faire en hydravion en raison de la faible profondeur des eaux. Il s’agissait d’un mur épais de plus de 30 centimètres, entièrement enseveli sous le sable.

Ce mur, qui semblait être la fondation d’un édifice rectangulaire d’environ 30 mètres sur 20, était fait de pierres soigneusement alignées au cordeau. Seule sa partie inférieure, révélée par une petite tranchée creusée au couteau, avait été préservée [5].

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Certains ont pensé pouvoir attribuer ces structures submergées à l'Atlantide. Mais le grand tort des ces constructions est de ne rien nous dire de leurs bâtisseurs.

La même conclusion s'applique aux autres découvertes de structures artificielles (murs, routes dallées, ruines de monuments, etc.) similaires faites depuis le milieu du XXe siècle.

yonaguni45En 1998, on a identifié dans l’espace du Pacifique, à proximité de l’îlot de Yonaguni, au sud-est de l’île d’Okinawa, une espèce de ziggourat (grosse tour rectangulaire, étagée), large à la base de 183 m et haute de 27 m, dont le sommet se trouvait à plus de 20 m de profondeur. Bien loin du Japon, sur le littoral de l’île de Lanzarote (l’une des Canaries), en face de l’Afrique, une expédition italienne conduite par Pippo Cappellano, explorateur de renom, avait découvert en 1981 des structures étranges (un genre d’escalier et des alignements de grosses pierres en forme de carré par 15 à 22 m de fond, à environ un kilomètre de la ligne littorale du port d’Arrecife) [6].

D’ailleurs, la région atlantique se prête particulièrement à ce genre de « trouvailles » qui posent souvent problème au monde des archéologues et préhistoriens officiels. Structures englouties à proximité de Cadix en Espagne [7], murs sous-marins près du littoral de Madère, escaliers et rampes descendant vers les profondeurs au large de Cuba [8], etc.

L’étemel haussement d’épaules officiel des cercles scientifiques concernés, synonyme du : « Circulez, y a rien à voir ! », des rejets dans le « naturel » (structures naturelles, coïncidence des formes, illusions de la pellicule, etc.), ne font qu’enrichir l’inventaire, pourtant de plus en plus fourni, des réalités que l’on refuse de prendre en compte.

Notes :

  • [1] Voir Pierre Camac, L'Histoire commence à Bimini, éd. Robert Laffont, 1973. Pour la controverse suscitée par Harrison, voir du même auteur : « Bimini émerge encore », in Kadath, Bruxelles n° 44, hiver 1981, pp. 23-30.
  • [2] Cette datation a été réalisée par le suivi de la courbe générale de la montée des eaux. La datation par le carbone 14, appliquée aux vestiges des tourbières voisines, estime leur âge à quelque 4 700 ans (+ ou - 7 %) pour une profondeur de 3 m et à 6 000 ans pour 4 m de profondeur. L’estimation calculée par extrapolation donne 10 000 ans pour une profondeur de 6 m, valeur qui correspond au niveau actuel du sommet du « mur » et non pas à celui de ses bases. On peut donc évaluer entre 8 000 et 10 000 ans l’âge des constructions dont la base se trouve actuellement à 8-10 m de profondeur.
  • [3] Voir les travaux de John A. Gifford du département de la géologie marine et de géophysique de l'Université de Miami : « The Bimini cyclopean complex » in International Journal of Nautical Archaeology and Underwater Exploration. V. 2 (nº. 1), 1973, p. 189 et « Investigation of submerged beachrock deposits off Bimini », in National Geographic Society Research Reports. v. 12, 1980, pp. 21-38.
  • [4] « Geological investigation of submerged feature off Paradise Point, Bimini, Bahamas » Univ. Miami, School Marine. Xerox Rept, 1971.
  • [5] J. Manson Valentine : « Archaeological Enigmas of Florida and the Western Bahamas », in Muse News, Miami Museum of Science, vol. 1, n° 2, June 1969.
  • [6] http://eldia.es/laprensa/wp-content/uploads/2014/05/20140504-laprensa.pdf
  • [7] http://www.lavozdigital.es/cultura/201509/08/creo-encontrado-atlantida-sanlucar-20150908122127-pr.html
  • [8]  https://youtu.be/x3EBGB3O3XI?t=1m30s

Bibliographie :

  • L'histoire commence à Bimini, Pierre Carnac, Robert Laffont, 1973.
  • L'Atlantide, autopsie d'un mythe. Pierre Carnac, Éditions du Rocher, 2001, pp. 78-81.
  • Valentine, J. Manson : « Underwater Archaeology in the Bahamas », in Explorers Journal, New York, décembre 1976, pp. 176-183.
  • « L'énigme des Bahamas », in Science et Avenir nº 298, 1971.

Table des Illustrations :

  • 1) Les « ruines » de Bimini
  • 2) Le plan des structures de Bimini. Extrait de "L'Histoire commence à Bimini", op. cit.
  • 3) Détail de l'une des formations artificielles de Bimini. Dalle géante de la jetée, vue dans l'eau. (CI. Rebikoff)
  • 4) Vue aérienne de la structure submergée du « temple » située à proximité de l'île D'Andros. (CI. Rebikoff)
  • 5) Carte des Bahamas. s: http://www.lib.utexas.edu/maps/americas/bahamas_pol86.jpg

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