Découverte d'une ancienne civilisation en Amazonie occidentale

8487778455669La province de Zamora-Chinchipe, située à la frontière du Pérou, au sud de l’Équateur est le siège d’une découverte archéologique importante pour l’histoire du peuplement de l’Amazonie occidentale. Les chercheurs de l’IRD et leurs partenaires équatoriens [1] viennent de mettre au jour les traces d’une civilisation parmi les plus anciennes connues actuellement dans cette région. Ils avaient répertorié depuis plusieurs années et jusqu’à présent un grand nombre de sites d’occupation humaine tardive, représentatifs de l’horizon Corrugado [2].

Depuis la seconde moitié du premier millénaire jusqu’à la période historique, des groupes affiliés aux proto-Jivaros, tels les Bracamoros, auraient ainsi habité des terrasses aménagées à différentes altitudes sur les flancs de la cordillère [3].

L’existence d’occupations humaines plus anciennes a été suggérée dès 2000 par la présence de récipients et de statuettes en pierre finement polie dans des collections privées. Des recherches ont alors été entreprises pour resituer ces objets dans leur contexte d’origine.

La prospection des bassins fluviaux de l’Isimanchi, du Valladolid, du Palanda et du Mayo a permis de retrouver des sites comportant des céramiques très différentes de celles de l’horizon Corrugado. Des récipients en pierre polie ont été retrouvés sur au moins deux de ces sites, dont celui de La Florida, dans le haut rio Palanda, particulièrement intéressant du fait de la présence de trois monticules disposés sur une petite terrasse fluviale. Les sondages effectués en octobre 2002 sur ce site, sous l’un des tertres, ont révélé des techniques de construction élaborées : une grande fosse d’une profondeur d’environ deux mètres, l’accumulation de sédiments dont certains fortement altérés par le feu, des murs de contention en pierre, des empierrements, des dallages, etc. Probablement liés à des activités d’ordre symbolique et/ou funéraire, ces éléments de construction, datés au carbone 14, remonteraient à plus de 4000 ans avant aujourd’hui [4].

Ces datations sont parmi les plus anciennes connues dans le haut bassin amazonien et témoignent de la présence d’une tradition culturelle raffinée et complexe dès cette époque. Or, il y a quelques années sur le même site, des travaux de construction d’une route avaient permis la découverte d’un dépôt, non daté à ce jour, comprenant une dizaine de récipients en pierre polie fine. Ceux-ci étaient conservés depuis dans l’une des collections particulières visitées par les archéologues.

Parmi ces récipients décorés figure un bol, taillé dans une roche bicolore, blanche et rouge, et orné de motifs iconographiques complexes gravés profondément : têtes félines, serpents, condors, etc. qui dénotent une symbolique très liée à la forêt tropicale humide. Ces formes animales qui composent deux figures monstrueuses, vues de profil, ne sont pas sans rappeler les modes de représentation caractéristiques des premières grandes civilisations andines péruviennes, telles que les cultures Cupisnique et Chavín, établies à la fin du deuxième millénaire avant notre ère. Par ailleurs, la petite quantité de céramiques découvertes également sur le site est d’un style comparable à celui de ces traditions formatives équatoriennes, autrement dit représentatives des premières sociétés agricoles maîtrisant la céramique.

89454444Crédits : © Francisco Valdez - Institut de Recherche pour le Développement (IRD)

Par son ancienneté, le site de La Florida témoignerait des premiers contacts établis entre les populations de la plaine amazonienne et celle des hautes terres. Ce site situé dans le riche berceau de l’Amazone, sur les flancs de la cordillère orientale des Andes, amène à considérer sous un autre jour le développement des premières grandes civilisations andines.

Notes :

  • [1] Ces recherches ont été menées en partenariat avec l'Institut National du Patrimoine Culturel (INPC) de l'Equateur et la participation, aux côtés des chercheurs de l'IRD, de Julio Hurtado, archéologue équatorien.
  • [2] L'horizon Corrugado est un style propre à un grand nombre de populations d'Amazonie occidentale identifiées à ce jour, qui ont occupé la région depuis la seconde moitié du premier millénaire jusqu'à la période historique. Il correspond à un mode d'ornementation des poteries fondé sur la présence de bandes apparentes d'argile sur le col des objets.
  • [3] Les Bracamoros, ont sans doute été les habitants que les Espagnols ont rencontrés lors de la conquête au XVIe siècle. De culture assez simple et fruste, ils ont développé une poterie dont certains des éléments se sont avérés typiques de l'horizon Corrugado.
  • [4] Trois datations au carbone 14 provenant de cette structure s'échelonnent entre 3890 +/- 40 Before present (BP) et 4000 +/- 70 BP (date corrigées et calibrées 2 300 - 2 857 avant notre ère), ce qui pourrait correspondre à une date calendaire voisine de 2450 avant notre ère.

Sources :

Pour aller plus loin :

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