Nazca : des signes mystérieux dans le désert

nazca carteEn 1533, le chroniqueur espagnol, Cieza de Léon, nota avoir été intrigué, en parcourant la région de Nazca, par d’étranges « signaux en quelques parties du désert voisin de Nazca ». Mais il fallut attendre les années 1940 pour que l’importance du phénomène fût constatée.

En survolant en effet la pampa, l’américain Paul Kosok découvrit ce qu’il appela le « plus grand livre d’astronomie du monde ». Les pistes des Nazca sont des lignes claires s’étendant sur 500 kilomètres carrés de désert entre la côte Pacifique et les hauts-plateaux des Andes au sud du Pérou.

Des figures géométriques, des dessins d’oiseaux, formant tout un bestiaire stylisé, sont représentés à une échelle gigantesque. On recense des centaines de rectangles, des lignes oscillatoires de grandeur différente. Certaines figures d’animaux mesurent jusqu’à 100 mètres de longueur. L’animal le plus souvent représenté est l’oiseau dont on a relevé 18 espèces différentes. On remarque aussi des singes, des poissons, des araignées et des chiens. Parmi les figures géométriques, la spirale est celle que l’on trouve le plus fréquemment.

On ne peut distinguer les dessins en entier qu’à 500 mètres au-dessus du sol. Après le gigantisme des dessins, c’est leur régularité qui frappe le visiteur. Les proportions sont parfaitement respectées ainsi qu’on le constate pour les figures d’animaux. Le tracé exact ne dévie jamais, que ce soit celui des courbes, des spirales ou des parallèles. La ligne droite ne varie pas non plus, en dépit des accidents de terrain, des élévations, des bosses ou des ravins qui ne suffisent pas à détourner le trait qui a été amorcé. Les courbes d’ailleurs sont aussi régulièrement dessinées que si elles avaient été tracées à l’aide d’un compas.

nazca dessins

L’ensemble des figures est taillé d’un seul mouvement dans le sable durci, sur une profondeur d’un mètre dans certains cas. Dans d’autres cas, que l’on signale moins souvent, la dénivellation a été obtenue par le relief artificiel créé en prélevant des pierres sur le trajet du tracé et en les entassant de part et d’autre.

Les hypothèses classiques

Les hypothèses les plus extrêmes ont été formulées sur les moyens qui permirent le tracé des pistes de Nazca. Maria Reiche suppose que des maquettes préalables ont été utilisées. Le motif aurait été représenté sur une petite échelle, puis rapporté progressivement jusqu’à obtenir la dimension voulue. Pour les courbes, les Nazca se seraient servis d’une succession de petits arcs de bois mis bout à bout.

Cette interprétation conserve aux tribus Nazca le caractère de primitivité qui fut effectivement le leur. L’auteur raisonne la construction des pistes en fonction de critères d’archaïsme prévalant en archéologie. Mais la position n’est pas tenable. L’erreur des historiens consiste à dissocier la conception de l'ouvrage très élaborée, ainsi que le désert de Nazca en offre l’exemple, et la technique rudimentaire qui aurait été utilisée pour mener à bien le projet.

nazca lignes

Il est difficile de s’accommoder de cette disproportion : l’imagination et la matérialisation sont deux étapes dans la réalisation d’un ouvrage. L’histoire des hommes et l’observation de nos sociétés nous apprennent que ces deux étapes sont liées, se conditionnant l’une l’autre. Pour avoir négligé cette inévitable réciprocité, l’archéologie s’est condamnée à des théories qui associent primitivisme et traits de génie relevant d’un très haut degré d’évolution.

Certains auteurs, conscients du problème, comme la composition des dessins semble exiger une vision d’ensemble qui ne peut être obtenue qu’à 500 mètres au-dessus du sol, imaginèrent la visite de la terre par des êtres venus d’autres planètes. Cette hypothèse explicative souffre évidemment de toute absence de preuves.

L’argument des extra-terrestres s’accommode du refus d’imaginer et de raisonner l’éventualité d’une occupation humaine de la planète à une époque précédant les temps historiques conventionnels.

L’hypothèse d'une civilisation antédiluvienne

D'autres chercheurs pensent que des terriens sont les auteurs des « pistes » de Nazca et qu’ils précédèrent de longtemps les hommes ayant appartenu à la culture Nazca et que, pour des raisons inconnues, ils eurent besoin de ces tracés. La technologie avancée de leur civilisation leur permit de les réaliser, éventuellement à l’aide d’engins aériens. Outre les impossibilités théoriques auxquelles est confrontée l’hypothèse d’un travail exclusivement manuel à Nazca, cette hypothèse a contre elle aussi l’aridité extrême de ces plateaux peu féconds.

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Comment eût-il été possible d’entretenir sur ces lieux une main-d’œuvre qui dût déplacer des milliers de tonnes de pierraille ? Car, en dépit des travaux d’irrigations effectués, l’agriculture ne fut jamais prospère sur les plateaux Nazca. Il est d’ailleurs logique de penser que cette région fut toujours désertique. En effet, si l’on admet que ces tracés avaient une utilité et que la persistance de leur perfection avait une importance, on déduira que les dessins furent réalisés dans un désert où ne risquaient pas de se produire les dégradations dues aux conditions météorologiques et à la présence humaine.

Les tracés du désert ne sont pas la seule preuve des capacités de leurs réalisateurs. Il existe aussi des ouvrages hydrauliques tout à fait remarquables que les cultivateurs utilisent encore actuellement. Par un système de galeries filtrantes, il devint possible de capter les veines qui, sous terre, ruissellent de la Cordillère vers l’océan. On constate l'adaptation réussie des ouvrages d’art aux besoins spécifiques de l’homme et le caractère durable des travaux accomplis, ce qui nous semble démentir l’hypothèse d’une visite éphémère d’extra-terrestres, dans ce cas précis, du moins.

La solution d’un aménagement préalable du site Nazca par une civilisation antérieure ne rencontre aucune contradiction dans les faits et nous habilite même à lever les contradictions de l’histoire écrite. L’utilisation ultérieure des « pistes » du désert par les tribus qui résidèrent à proximité fut de transformer ces tracés en stigmates divins marqués sur la surface de la terre.

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C’est ainsi que fut implantée une nécropole aux dimensions réduites, le long des remblais de cailloux. Nous distinguons donc, sans hésitation, la construction et la destination d’origine des remplois du site attestés plus tard, le dernier en date étant celui qui fait de Nazca un des hauts lieux du tourisme contemporain au Pérou et un champ d’investigation privilégié pour les archéologues modernes.

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