Des régions à mégalithes

Les mégalithes... Immenses fiches de pierre, enfoncées dans le sol, ensembles de plusieurs pierres géantes, enceintes géométriques de bornes de pierres. On les trouve un peu partout dans le monde, le plus souvent sous les formes de menhirs (pierres dressées isolées), de cromlechs (enceintes habituellement ovales ou circulaires de pierres fichées dans le sol) ou de dolmens (tables de pierre posées sur des pierres dressées).

cromlech du Xarez Portugal

Le nombre de ces monuments est tel que leur étude statistique et comparative - tout en révélant d’indubitables similitudes et en soulignant les différences - ne pourrait au bout du compte qu’augmenter considérablement leur mystère. Il n’a jamais été dressé de statistique descriptive des mégalithes éparpillés dans les six continents classiques qu’on aurait soumise, par exemple, à un ordinateur. Mais, même en son absence, quelques conclusions générales s’imposent.

La première est qu’on en rencontre beaucoup plus que l’on ne s’y attend. En Europe, on les trouve de la Scandinavie jusqu’au Portugal, d’Écosse jusqu’en Grèce, généralement dans des régions côtières liées aux anciennes routes maritimes.

En Afrique, au sud de l’Égypte, en Ethiopie, ainsi que sur les côtes de Somalie, du Sénégal, de la Gambie, du Maghreb. En Amérique, on les trouve dans ce qui dut être autrefois la Grande Irlande des légendes celtiques, sur les côtes du nord-est des États-Unis, en Haïti, enfin en Amérique centrale, en Colombie et au Brésil. Les Açores et les Canaries en possèdent, elles aussi, des vestiges. L’océan Indien, l’Inde (côte du Dekkan et Ceylan) les connaissent également, de même que l’Arabie, le Pakistan, l’Indonésie et Madagascar. Dans l’Océanie, en Australie, en Nouvelle-Guinée et en Nouvelle-Calédonie, aux îles Salomon, en Mélanésie et même en Polynésie, des pierres dressées, des cercles de pierres témoignent de la présence mégalithique.

carte megalithesPar ailleurs, si l’on regarde une carte des régions à mégalithes, une constatation s’impose immédiatement. Presque tous ces monuments se trouvent dans des régions côtières, insulaires ou proches du littoral. Plus encore, ils se tiennent toujours en des lieux où, aboutissent les courants marins ou océaniques, comme si le tracé de ces derniers leur avait offert des voies de diffusion dans les grands bassins océaniques du monde.

La même observation reste valable pour la diffusion des mégalithes dans des bassins maritimes fermés - Méditerranée, etc. - et dans les golfes profonds.

Le plus curieux dans le côté géographique de l’énigme des mégalithes est pourtant la non-conformité de leurs emplacements. Fernand Niel, spécialiste des mégalithes,  écrivit à ce sujet :

« Il faut reconnaître, que les dolmens sont extrêmement capricieux dans leurs manifestations. A notre connaissance, leur diffusion n’obéit à aucune condition « physique ». On les voit en tous terrains, granitiques ou calcaires, en pleine montagne, dans les forêts ou sur les landes, sur les rives des fleuves ou des lacs, au fond des vallées ou sur les crêtes. Rien dans cette dispersion ne semble obéir à des lois hydrographiques, géologiques ou orographiques. Et lorsque la nature des terrains ne permet pas de trouver sur place les matériaux nécessaires, on va chercher les pierres dont on a besoin où il s’en rencontre, quelle que soit la distance . » Fernand Niel : Dolmens et Menhirs, Paris, P.U.F., 1966, p. 120.

Un exemple classique est celui des pierres « bleues » de Stonehenge, en Angleterre, qui proviennent d’une carrière située dans les Prisely Mountains, au pays de Galles, à quelque 280 kilomètres par voie de terre. C’est évidemment là une distance trop longue pour pouvoir transporter des blocs pesant de vingt à trente-cinq tonnes sur des rouleaux de bois. Il faut donc qu’il y ait eu transport maritime effectué par des gens qui en possédaient le secret.

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Autre énigme des mégalithes, leur véritable insouciance à l’égard de la théorie matérialiste-historique du moteur purement économique du progrès et des mouvements de l’histoire. On ne tarde pas, en effet, à s’apercevoir qu’il y a une même densité de dolmens dans les régions arides que dans les régions fertiles.

Aux splendides alignements de Carnac, en Bretagne, région d’élevage, riche en produits de mer et à forte densité de population, répondent ceux, non moins spectaculaires, de Wadi-Hamili, au Yémen, pays d’extrême pauvreté, faiblement peuplé.

C’est, en dernière analyse, ce caractère infiniment particulier des mégalithes qui leur confère cette « atmosphère » commune qui fait que l’on est amené, pour les comprendre, à recourir à l’idée d’une source d'inspiration extérieure aux régions où on les trouve. Il faut donc admettre que cette inspiration a toujours circulé par la voie des mers.

Mais pour qu’une idée circule à travers le monde, il ne lui faut pas seulement des « croisés », il faut aussi qu’elle ait un contenu capable de lui assurer une survie suffisante pour couvrir toute son aire de diffusion. Ce qui nous conduit à nous demander quels ont été ceux qui ont répandu les mégalithes et pourquoi ils l’ont fait.

Bibliographie :

  • Pierre Carnac, L'histoire commence à Bimini, éditions Robert Laffont, 1973.
  • Fernand Niel, Dolmens et Menhirs, Paris, P.U.F., 1966.
  • Jean Guilaine,  Mégalithisme de l'Atlantique à l'Éthiopie , éditions Errance, 1999.
  • Jacques Keyaerts : « Mégalithes oubliés de Corée », in Kadath, nº 17, 1976, pp. 25-29.
  • Joussaume Roger : « Les dolmens éthiopiens », in Annales d'Ethiopie. Vol. 10, 1976. pp. 41-52.
  • Willy Brou : « Mégalithes oubliés du Yémen », in Kadath, nº 40, 1980, pp. 28-31.

Illustrations :

  • 1) Cromlech du Xarez - Portugal. Crédit : Miguel Claro
  • 2) Carte des mégalithes, extrait du livre de Pierre Carnac : « L'histoire commence à Bimini », éditions Robert Laffont, 1992 (p. 104)
  • 3) Le Jardin aux Moines - Brocéliande (forêt de Paimpont)

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